Interview avec la représentante locale Saskia Kloezeman

"Une entreprise est bien plus qu’un simple nom ou un immeuble de bureaux"

 

Le succès de l’introduction sur le marché de produits et de services de qualité dépend en grande partie de la compétence de l’équipe technique et d’une étroite collaboration au sein de l’organisation. Cela implique une stratégie solidement établie. Si dans ce contexte, la plupart des jeunes entreprises éthiopiennes manquent encore actuellement d’expérience, une initiative belge semble néanmoins pouvoir s’acquitter de cette tâche. Ex-Change attire des experts internationaux pour conseiller les entreprises locales et leur transmettre leur savoir-faire.

Selon la représentante d’Ex-Change en Éthiopie, Saskia Kloezeman, les résultats ne se feront pas attendre. Ils sont perceptibles dès que les entreprises font appel à ses services pour optimiser leurs activités commerciales.

Comment avez-vous découvert Ex-Change?

Saskia : « Je travaillais en Éthiopie depuis 2004, quand j’ai commencé pour Voluntary Service Overseas (VSO). J’ai d’abord été affectée au TEI (l’institut de formation pédagogique des enseignants) à Arba Minch. Ensuite, j’ai travaillé à l’université d’Arba Minch, où j’ai oeuvré pour le développement et la qualité de l’enseignement supérieur et où j’ai effectué des recherches visant à optimiser l’enseignement en Éthiopie. Pendant mon séjour à Addis-Abeba, j’ai fait la connaissance de quelques Belges. Lors de mon voyage en Europe, ils ont organisé pour moi une entrevue avec les responsables d’Ex-Change en Belgique. Ces derniers m’ont proposé de devenir leur représentante locale en Éthiopie. »

Quel soutien Ex-Change offre-t-elle aux entrepreneurs locaux?

« Notre tâche consiste en fait à offrir la possibilité à des experts de venir en Éthiopie afin d’y soutenir des entreprises locales. Nous avons commencé par offrir une assistance technique à de petites entreprises locales en leur procurant des conseils et en leur transmettant du savoir-faire. Il est passionnant d’observer comment les gens abordent le monde de l’entreprise en Éthiopie : ils sont vraiment très créatifs. Je suis heureuse de pouvoir les y aider et de favoriser l’initiative. Je tiens du reste à m’engager encore plus intensément vis-à-vis de l’initiative d’Ex-Change. J’ai en effet remarqué que l’entreprise contribue d’une façon plus durable au développement et à la croissance économique. Nous essayons par exemple de permettre à de petites entreprises d’accéder au marché et d’y consolider ensuite leur position. »

Quelles sont les solutions d’Ex-Change pour lutter contre les problèmes de perception?

« Je pense qu’une formation liée au savoir-faire constitue l’une des meilleures façons d’aider les gens à résoudre eux-mêmes leurs problèmes en utilisant leurs propres idées. Ces dernières années, j’ai pu constater que les Éthiopiens nourrissent de grands rêves et qu’ils veulent s’engager à fond pour les réaliser. Nous avons la possibilité de faire venir quelques experts qui – dans un premier temps – observent l’entreprise afin d’examiner quelle aide ils peuvent lui apporter dans la fabrication de produits de qualité supérieure. C’est ainsi que nous libérons la voie qui lui permettra d’accéder au marché international. »

D’où proviennent les moyens financiers d’Ex-Change et dans combien de pays l’organisation est-elle active? Comment cela fonctionne-t-il?

Saskia : « Ex-Change est subventionnée par les Autorités flamandes, Cera, Dexia, Fortis, ING et KBC. L’organisation est active dans 17 pays en Afrique et en Amérique du Sud. Près de 140 experts sont envoyés chaque année un peu partout dans le monde pour soutenir divers projets. Tout d’abord, il faut que le représentant sur place ait été contacté par une entreprise ou un entrepreneur local. Le formulaire de demande est ensuite rempli conformément aux exigences standard. Le formulaire est alors envoyé en Belgique, où un poste vacant est créé pour un expert chargé de soutenir l’entreprise ou l’entrepreneur. Lorsque l’expert a été trouvé, son C.V. est envoyé au représentant local, ainsi qu’à l’entreprise concernée. Dès qu’un accord réglant tous les détails est conclu, des mesures sont prises pour permettre à l’expert d’apporter sur place l’aide demandée. Après l’intervention de l’expert, l’entreprise bénéficie encore quelque temps de feed-back. Ensuite, on examine si la relation doit être clôturée ou poursuivie, selon les besoins de l’organisation. »

Sur quelles régions et sur quels secteurs Ex-Change se concentre-t-elle actuellement?

« Nous sommes actifs dans toute l’Éthiopie et nous nous laissons guider par la demande des entrepreneurs ou des entreprises. Si je ne prends pas moi-même de décisions, il coule toutefois de source que ces dernières dépendent des gens que je rencontre ou des personnes qui me contactent. Nous pouvons en principe offrir notre aide au sein de n’importe quel secteur industriel. En dehors du tourisme, je m’occupe également de l’artisanat, de l’enseignement et de la bijouterie. »

Pour quelle raison l’Éthiopie a-t-elle été choisie dans le cadre de ce programme?

« Nous avons pris contact avec l’ambassade d’Éthiopie à Bruxelles. Il s’est avéré que l’une des premières personnes à avoir promu l’initiative d’Ex-Change était éthiopienne. Il s’agissait d’un homme ayant fait ses études en Belgique. Il avait malheureusement été tellement submergé de travail qu’il lui était devenu impossible de mener de front toutes ses activités. »

Est-ce qu’Ex-Change exerce une influence perceptible sur le monde des affaires?

« Les objectifs que nous fixons en concertation avec les experts nous permettent de mesurer très précisément cet impact. La situation préalable doit être présentée de manière détaillée et l’expert doit communiquer ses attentes de façon claire et nette. L’impact n’est pas toujours immédiatement visible. Il arrive parfois qu’il ne soit perceptible qu’après un certain temps. »

Combien de personnes ont déjà bénéficié des avantages qu’offre cette initiative?

« Le nombre de personnes qui ont été aidées diffère selon les projets. Globalement, près de 5 000 personnes ont bénéficié de l’aide d’Ex-Change. L’un de plus grands projets se déroule actuellement en Afrique du Sud. Ex-Change tient à garantir la qualité des interventions et met tout en œuvre pour être également en mesure d’en déterminer l’impact après la venue des experts. »

Texte : CAPITAL ETHIOPIA